jeudi, 31 mars 2005

Proust en sms

oui, c'est horrible, mais des vieux dégoûtants proposent aux enfants de lire Proust en sms : un peu de sensibilisation dans leur langage en somme ?

ma pauv dame, on ne respecte plus rien !

Les bloggueurs sont des liseurs (étonnant, non?)


En cliquant des blogs, j'ai repéré plusieurs maniaques qui répondent en ce moment à un Nième questionnaire-à-la-proust sur que lisez vous, qu'avez vous lu, etc.

A priori, j'aile sentiment que les gens qui répondent lisent beaucoup plus que ce que l'on sait des moyennes (y compris par groupes sociaux, par classes d'âge...). Donc les blogueurs seraient de grands liseurs : logique.

c'est toujours autant de temps qu'ils (que nous) ne passent pas devant la télé !

mercredi, 23 mars 2005

Les meubles de tante Léonie et le moulin à légumes

Une autre version vulgaire de la madeleine, après les pissotières des Champs elysées, ce sont les meubles de tante léonie. Comme il en a hérité et que ces meubles ne peuvent entrer dans l’appartement de ses parents, il en fait cadeau à la mère maquerelle de « la maison » dans laquelle il va, c'est à dire le bordel. Mais il est saisi par le contraste : « Dés que je les retrouvai dans la maison ou ces femmes se servaient d’eux, toutes les vertus qu’on respirait dans la chambre de ma tante à Combray, m’apparurent, suppliciées par le contact cruel auquel je les avais livrées sans défense ! j’aurais fait violer une morte que je n’aurais pas souffert d’avantage ».(jeunes filles GF page 255)

Vous me direz qu’à insister sur les aspects pipi caca et autres mœurs sexuelles, j’ai un compte à régler avec l’ami Proust ? pas du tout ; du moins, je ne crois pas ! c’est juste ce mécanisme de la mémoire, sur lequel il revient sans cesse dans ses 20 000 pages, et qui peut être décrit de différentes façons. Evidemment, les commentateurs bien élevés en ont sélectionné qui conviennent à de chastes oreilles. Mais en induire une image floue, gracieuse, précieuse même, de Proust me paraîtrait une erreur.

Sans pipi caca, j’étais saisi hier soir par un souvenir madeleinesque : la taille des trous du moulin à légumes. Rappelez vous, si votre mère comme la mienne faisait partie des ultimes générations qui utilisaient cet engin. Aujourd’hui, on passe les légumes au mixer électrique et il en sort une pâte uniforme, dense, un peu sirupeuse. Autrefois, on mettait les légumes dans le moulin en feraille, on tournait une grande manivelle horizontale pour les faire passer à travers une grille dans la soupière. Il existait plusieurs grilles avec des trous de diamètres différents : donc la taille des trous définissait la consistance de la soupe. Pour moi, les meilleures soupes étaient celles dans les quelles il restait des morceaux de carotte, de pomme de terre ou de poireau de quelques millimètres ; le tout, en bouche, avait une consistance plus ou moins variée; la bouche se rappelait chacun des légumes. Rien à voir avec cette pâte uniforme d’aujourd’hui.

Voilà. La madeleine, l’infusion dans la tasse (est-ce une infusion ou du thé ? j’ai même oublié ça !), les pissotières, la soupe : tout peut donner lieu à cette cristallisation du souvenir. La où est le génie de Proust est sans doute d’avoir magnifié et magifié un truc aussi banal. Chaque lecteur est capable de piger, puisque chaque lecteur aura été saisi par ses propres cristallisations. Pour moi, hier, c’était le souvenir de la soupe. On notera au passage que la cristallisation en question marche d’autant mieux qu’il y a une odeur, un arome, un goût éprouvé avec la langue ou le palais dans le souvenir en question. Il ne s’agit pas de souvenirs « intellectuels ». D’ailleurs Proust l’écrit quelque part –je vous le retrouverai en cours de route. Les vrais souvenirs sont ceux qui incluent la bouche, le palais, le nez.